Philip Roth, écrivain majeur de la littérature américaine

Avec sa “Pastorale américaine”, Philip Roth avait remporté le prix Pulitzer de fiction en 1998. En novembre dernier, l’écrivain américain faisait son entrée dans le panthéon littéraire français avec l’annonce de la parution de tous ses romans dans la prestigieuse collection de la Pléiade. L’écrivain américain Philip Roth, un géant de la littérature américaine, est mort mardi à 85 ans, selon plusieurs médias américains dont le New York Times et le magazine The New Yorker. La littérature perd un géant : Philip Roth fut l’un de plus grands auteurs américains de l’Histoire, fort d’une carrière couronnée par une kyrielle de prix. Grand ténébreux au sourcil broussailleux, petit-fils d’immigrés juifs d’Europe de l’Est, Philip Roth a écrit, debout à son pupitre, près de 30 romans : récits provocateurs des mœurs de la petite bourgeoisie juive américaine, satires politiques, réflexions sur le poids de l’Histoire ou sur le vieillissement, ses œuvres sont presque toujours entre autobiographie et fiction.

Une figure majeure de la littérature d’après-guerre Sa plume exigeante et sa lucidité implacable sur la société américaine ont fait de lui une figure majeure de la littérature d’après-guerre. C’est le seul écrivain vivant dont l’œuvre a été éditée par la Library of America. En France, il commencé d’être édité dans la prestigieuse collection de La Pléiade. Né le 19 mars 1933 dans un quartier juif de Newark (New Jersey), fils d’un agent d’assurances, il publie son premier ouvrage, Goodbye, Columbus en 1959, après quelques années à enseigner la littérature. Ce recueil de nouvelles lui vaut un premier succès, mais aussi de premières accusations d’antisémitisme. Un malentendu qui reviendra avec Portnoy et son complexe, paru en 1969, qui fait scandale mais lui vaut aussi succès immédiat et notoriété mondiale. Son jeune héros y aborde sans détour face à son psychanalyste les affres de la masturbation et son rapport obsessif à sa mère, à l’Amérique et à la judéité. Des représentants de la communauté juive le jugent teinté d’antisémitisme. D’autres dénoncent de la pornographie pure et simple. « J’adore écrire sur le sexe. Vaste sujet ! Mais la plupart des événements racontés dans mes livres n’ont jamais existé. Même s’il faut quelques éléments de réalité pour commencer à inventer », dira plus tard Philip Roth. Beaucoup de récits proches de l’autobiographie À la fin des années 1970, influencé entre autres par le romancier juif américain Saul Bellow, Roth commence une série de neuf livres ayant pour personnage central un jeune romancier juif, Nathan Zuckerman, son double.

« Écrire est une frustration quotidienne »

Parmi ces romans, trois de ses plus grands succès : Pastorale américaine (1997), sur les ravages de la guerre du Vietnam dans la conscience nationale, J’ai épousé un communiste (1998) sur le maccarthysme, et La tache (2000) qui dénonce une Amérique puritaine et renfermée sur elle-même. Il y eut aussi Les faits (1988), une autobiographie sur les 36 premières années de sa vie, entamée après une dépression. Et Opération Shylock : une confession (1993), où le narrateur se nomme…Philip Roth, encore un double de l’écrivain. En 2001, Philip Roth avait reçu le Prix Franz Kafka pour l’ensemble de son œuvre. Il est également Commandeur de la Légion d’Honneur et a été récompensé aux quatre coins du monde pour sa contribution à la littérature. Pour lui, Trump a « un vocabulaire de 77 mots » Le complot contre l’Amérique, sorti en 2004, imagine le destin d’une famille juive de Newark si les États-Unis avaient élu l’aviateur Charles Lindbergh, aux sympathies pro-nazies, plutôt que de réélire Franklin D. Roosevelt en 1940.

Ce roman, qui brouille constamment la frontière entre fiction et réalité, est revenu récemment dans l’actualité : beaucoup y ont vu des correspondances avec l’élection de Donald Trump. Philip Roth, qui vivait seul entre sa maison du Connecticut rural (nord-est) et son appartement à Manhattan, était néanmoins sorti de sa retraite fin janvier pour balayer toute analogie avec l’accession au pouvoir du milliardaire. Tandis que Lindbergh était « un grand héros » avec de la « substance », écrivait-il au New Yorker, Trump est un président « ignorant du gouvernement, de l’histoire, de la science, de la philosophie, de l’art, incapable d’exprimer ou de reconnaître une subtilité ou une nuance » et utilisant « un vocabulaire de 77 mots ». Si la politique et la société américaine ont été au cœur des œuvres de Philip Roth, la vieillesse et la mort ont hanté ses récents ouvrages comme Un homme (2006) ou Le rabaissement (2009).

« Écrire est une frustration quotidienne » En 2012, celui qui est régulièrement salué comme le plus grand écrivain américain vivant annonce avoir renoncé à écrire et explique que Nemesis, paru en 2010, était son dernier roman. « Je n’ai plus l’énergie pour supporter la frustration. Écrire est une frustration quotidienne, et je ne parle pas de l’humiliation », explique-t-il alors au New York Times. « Je ne peux plus passer des jours à écrire cinq pages, que je jette ensuite ». En 2014, il raconte au quotidien suédois Svenska Dagbladet avoir relu ses 31 livres pour « savoir si j’avais perdu mon temps. On ne peut jamais être sûr, vous savez ». Et ce génie littéraire, sans enfant, d’ajouter avoir ressenti « un énorme soulagement : c’est une expérience presque sublime de n’avoir plus à s’inquiéter que de la mort ». Philip Roth, écrivain majeur de la littérature américaine, est mort à 85 ans. Label : Ça Zap – Zapping TV Date d’ajout : 23/05/2018

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