Coronavirus : ces Infirmières à domicile, qui travaillent « la peur au ventre »

Coronavirus ces Infirmières à domicile, qui travaillent la peur au ventre
Image par leo2014 de Pixabay

Depuis que le Covid-19 a touché la France, le travail des infirmières et des aides-soignantes est devenu plus angoissant et stressant. C’est le cas pour Mireille Delon et Françoise Boucabeille, infirmières à domicile.

Chaque jour, le réveil de Mireille Delon sonne avant 6 heures. Sa première visite à domicile commence à 6h45. Comme des milliers d’infirmiers, infirmières et aides-soignantes, elle passera près de dix heures par jour auprès de ses patients et ne rentrera chez elle qu’après le dernier soin, après 20h30.

Travail plus angoissant plus stressant

Depuis que le Covid-19 a touché la France, son travail est devenu « plus angoissant et plus stressant ». Infirmière libérale depuis 27 ans, avec près de 40 ans d’expérience, installée à Montpellier, en France, elle vit une nouvelle expérience dans cette atmosphère particulière depuis le déclenchement de la pandémie.

« Nous sommes deux dans le cabinet. Nous voyons entre 12 et 15 personnes par jour, certaines une seule fois, d’autres matin et soir. La majorité sont des personnes âgées, de plus de 70 ans. Ma plus ancienne patiente a eu 100 ans l’an dernier », raconte Mireille.

Pour beaucoup de personnes âgées dépendantes, les visites du personnel médical sont les seules de la journée.

« Les familles viennent peu ou parfois ne peuvent pas du tout venir. Tout le monde fait très attention à ne pas contaminer ces gens, très fragiles », explique Mireille. Les aide-ménagères ou les auxiliaires de vie souvent ne viennent plus pour limiter les risques de propagation du Covid-19, ce qui amplifie la solitude.

Aides ménagères, auxiliaires de vie

Pour ces personnels médicaux qui passent de maison en maison, auprès de personnes extrêmement fragiles, ne pas répandre le virus est une préoccupation permanente.

« On sort avec la peur au ventre. J’ai l’impression que le virus est là, partout. Je suis sur mes gardes tout le temps : quand j’ouvre un portail, quand j’appuie sur un bouton d’étage dans un ascenseur, quand je touche les poignées de porte. Mon angoisse c’est de transporter le virus d’une habitation à l’autre », expliquer Mireille.

Elle nettoie les poignées de sa voiture, son volant, son levier de vitesse, à chaque fois qu’elle remonte dans son véhicule. Quand elle entre chez ses patients, elle porte gants, masque et blouse.

« Heureusement on avait des stocks au cabinet, mais les masques me donnent des allergies, j’ai le visage irrité. Mais bon, on se protège et surtout on protège les autres au maximum. Les auxiliaires de vie sont souvent moins bien équipées que nous », explique-t-elle.

« On pensait que, vu qu’il n’y a plus d’embouteillage, on ferait la tournée plus vite. Mais avec toutes les précautions à prendre, la tournée dure encore plus longtemps », raconte sa collègue, Françoise Boucabeille.

Sas à l’entrée de la maison

Et le retour à la maison est encore plus compliqué. Chez Françoise, ils sont quatre à travailler dans le médical : son mari, infirmier aussi, sa fille médecin et son autre fille infirmière psychiatrique à mi-temps dans un établissement pour personnes âgées et mi-temps en cabinet.

« On a créé un sas à l’entrée de la maison, on se déshabille, on lave et désinfecte tout, on se douche et ça deux fois par jour, quand on rentre de la tournée du matin et le soir », raconte Françoise qui est épuisée.

Dans son travail, Mireille voit aussi des gestes qui la réconfortent. « La mamie centenaire avait l’habitude de recevoir la visite de la voisine du dessous, 94 ans, qui venait jouer au Scrabble. Par précaution, elles ont décidé de renoncer à leur partie quotidienne.

Mais la plus « jeune », Renée, 94 ans, passe tous les soirs pour donner à la plus ancienne son plateau repas, en faisant très attention à l’hygiène et aux distances. Quand je les vois toutes les deux, ça me réconcilie avec la vieillesse ».

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